Strasbourg, c'est la cathédrale, la Petite France et les marchés de Noël. Mais pendant près de trois siècles, la ville a vécu d'autre chose : le commerce du vin. Pas seulement pour le boire — pour le stocker, le taxer et le revendre à toute l'Europe du Nord.
Cette histoire a presque disparu des mémoires. Elle est pourtant encore là, dans les rues, sur les quais et dans les caves. C'est le sujet du premier épisode de notre série vidéo, que vous pouvez regarder juste ici.
Le vin, un besoin de base au même titre que le pain
Au Moyen Âge, une ville tient debout avec trois choses : des céréales, de la viande et du vin. À Strasbourg, le vin n'est pas un plaisir réservé aux riches. C'est une denrée de première nécessité.
Tout le monde en boit, tous les jours : les artisans, les chanoines, les enfants avec de l'eau coupée. L'eau seule, celle des fossés et des bras de l'Ill, est rarement potable. Le vin, lui, se conserve et rassure.

L'Ancienne Douane : le point de passage obligé de chaque tonneau
Ensuite, la géographie fait le reste. Strasbourg est posée au carrefour des grandes routes et du Rhin. Le vin d'Alsace descend des coteaux, arrive en ville… et repart vers le nord.
Tout transite par un seul bâtiment : le Kaufhaus, la halle marchande, ancêtre de l'actuelle Ancienne Douane. Là, chaque tonneau est pesé, jaugé, enregistré. Rien n'entre ni ne sort de Strasbourg sans passer par ce contrôle.

Et cet argent ne dort pas dans un coffre. Il paie les murs de la ville. Une bonne partie des fortifications de Strasbourg a été financée, directement, par les taxes sur le vin.

Une armée de métiers vivait du commerce du vin
Derrière ce trafic, c'est toute une population qui travaille. Les douaniers du port contrôlent les arrivages. Le Kranmeister, maître de la grue, décharge les barques avec ses aides. Les Fasszieher, les rouleurs de tonneaux, déplacent les fûts à la force des bras.
Et puis il y a les tonneliers. Organisés en corporation dès 1362, ils sont près de cent, rien que pour fabriquer et réparer les contenants. Tous vivent du même flux — et ce flux devient une puissance.
En 1417, les bateliers forment la Corporation de l'Ancre, la plus influente de la ville. Ils détiennent le monopole du transport fluvial et naviguent jusqu'à Cologne, Mayence, Francfort, puis vers l'Angleterre, les Pays-Bas et la Baltique.

1581 : près de 5 millions de litres en une seule année
Un chiffre suffit à mesurer l'ampleur du phénomène. En 1581, plus de 4 100 foudres de vin transitent par Strasbourg en douze mois.
Un foudre, c'est environ 1 100 litres. Le calcul est vite fait : on approche les cinq millions de litres de vin qui passent par la ville, cette seule année-là. Strasbourg n'était pas seulement la ville de la cathédrale. C'était la capitale du commerce du vin en Alsace.
Un héritage encore visible dans la ville
Aujourd'hui encore, le décor est là, pour qui sait le lire. L'Ancienne Douane, reconstruite sur le Kaufhaus où l'on pesait les tonneaux. Les Ponts Couverts et le Barrage Vauban, qui verrouillaient la ville sur l'eau. Le quai des Bateliers, qui porte toujours le nom de la corporation.

Et surtout la Cave Historique des Hospices Civils, en activité depuis 1395, où repose encore un vin blanc de 1472 — l'un des plus vieux vins du monde conservés en fût.

Envie de vivre cette histoire dans les rues de Strasbourg ?
Le samedi 19 septembre, pour les Journées Européennes du Patrimoine, on remet cette épopée sur le terrain avec la Balade Vigneronne :
- 🍷 un jeu de piste dégustation de 2 h dans le centre historique, avec Maître Hans ;
- 🔍 des énigmes sur les lieux mêmes du commerce du vin ;
- 👃 des dégustations commentées et une dégustation à l'aveugle.
Réservez votre Balade Vigneronne →
Places limitées. Découvrez aussi le Casino du Vin (dégustations à domicile et événements de groupe) sur duraisinetdespapilles.com.
Questions fréquentes
Strasbourg avait-elle vraiment un vignoble important ?
Oui. Du Moyen Âge au XVIᵉ siècle, l'Alsace est l'une des grandes régions viticoles d'Europe, et Strasbourg en est le principal port de redistribution vers le nord du continent.
D'où vient le chiffre des 4 100 foudres en 1581 ?
Des registres de péage et de la halle marchande de Strasbourg. Un foudre équivaut à environ 1 100 litres, soit près de 5 millions de litres pour la seule année 1581.
Que reste-t-il à voir aujourd'hui ?
L'Ancienne Douane, les Ponts Couverts, le Barrage Vauban, le quai des Bateliers, la Petite France et la Cave Historique des Hospices Civils, où est conservé un vin de 1472.
Peut-on faire une visite sur ce thème ?
Oui, avec la Balade Vigneronne (jeu de piste dégustation) qui parcourt ces lieux en deux heures. Informations et réservation ici.
Cet épisode est aussi disponible en podcast (Spotify, Deezer, Apple Podcasts) sous le titre « Du Raisin et des Papilles ». Prochain épisode : on remonte jusqu'à l'an 1 et aux toutes premières vignes plantées ici.
Iconographie — domaine public / Creative Commons via Wikimedia Commons : vue de Merian (1644), « Les percepteurs » d'après M. van Reymerswaele, enluminure du Hausbuch Mendel, photographies de Strasbourg (Ji-Elle, Jonathan M, Gzen92). Musique : Marin Marais, « Pièces à une viole » (1686), New Comma Baroque (CC BY-SA 3.0) ; J.-S. Bach, Sarabande BWV 997, Martha Goldstein (CC BY-SA 2.0).
L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

